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2 novembre 2025

Le cadre de la finance verte de l’Istanbul Financial Center

Les collègues de la World Alliance à Istanbul se trouvent à l’un des points charnières géographiques du monde, leur ville étant littéralement partagée entre l’Europe et l’Asie par le Bosphore. La Türkiye est en grande partie entourée par la mer Noire, la mer Égée et la Méditerranée ; et comme partout dans le monde, le pays doit s’adapter à l’évolution des régimes de précipitations et de chaleur.

La question de la préservation de ses paysages n’est pas nouvelle pour la Türkiye : dans l’Antiquité, c’est l’une des régions du monde où l’agriculture s’est développée en premier. Bien plus près de nous, avec toutes les controverses que suscite la construction de barrages partout dans le monde, le gouvernement a érigé à partir des années 1980 d’immenses ouvrages, avec une série de barrages sur l’Euphrate destinés à produire de l’électricité et à irriguer les terres agricoles, le plus grand portant le nom du fondateur de la République, Atatürk. Plus récemment, en 2018, il a achevé le barrage d’Ilisu sur le cours supérieur du Tigre. Ces deux projets fluviaux à barrages multiples ont eu des impacts environnementaux considérables, localement comme en aval.

Avec un peu de recul, où se situent les priorités environnementales de la Türkiye dans les années 2020 ? En 2025, quels financements verts sont disponibles dans ce magnifique paysage pour préserver la richesse du patrimoine naturel du pays tout en contribuant à la transition mondiale vers la décarbonation ?

Aperçu de la finance environnementale

En Türkiye, la finance de transition carbone soutient les projets d’énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biomasse), l’amélioration de l’efficacité énergétique et les transports propres. La finance environnementale s’est également étendue à la dépollution des sols, de l’eau et du milieu marin, en mettant l’accent sur la gestion durable de l’eau, la prévention et la maîtrise de la pollution, ainsi que le développement des infrastructures de traitement et de recyclage des déchets.

La finance verte publique comprend des collaborations avec des institutions multilatérales pour des projets d’infrastructures et d’énergie verte, tandis que la finance privée est portée par les banques nationales qui proposent des prêts verts, ainsi que par l’émission d’obligations vertes et bleues couvrant des projets terrestres comme marins. Compte tenu de la géographie et des liens commerciaux et industriels étroits avec l’Union européenne, l’un des principaux moteurs de ce marché est le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne (MACF), qui incite les exportateurs turcs à investir dans des méthodes de production plus vertes afin de respecter des normes carbone européennes de plus en plus strictes.

Selon les données 2024 de la Banque mondiale, les exportations de biens se sont élevées à 262 milliards de dollars, soit environ 17 % du PIB nominal[1]. Elles comprenaient du matériel de transport, des machines, des produits métalliques, des vêtements, de l’électronique, des denrées alimentaires, des textiles et des plastiques. L’UE a absorbé 41 % des exportations turques – il sera donc essentiel pour les producteurs turcs de respecter ces normes. Une fois que les biens produits atteignent ce niveau d’exigence élevé, toutes les autres destinations d’exportation restent ouvertes à ces produits.

Banques internationales de développement

L’impulsion publique a été menée par les banques internationales de développement :

  • La Banque mondiale a soutenu le verdissement d’entreprises privées turques par des financements en fonds propres, acheminés vers des entreprises spécifiques par l’intermédiaire de l’Industrial Development Bank of Turkey (TSKB). Elle a également mis en place un programme d’un milliard de dollars pour développer les énergies renouvelables. Un prêt de la Banque mondiale de 155 millions de dollars, approuvé fin 2023, sert à capitaliser en partie le Türkiye Green Fund. Ce fonds apporte des financements en fonds propres à des entreprises vertes et devrait attirer 250 millions de dollars supplémentaires de capitaux privés.
  • La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) a signé un accord de 5 milliards de dollars pour financer des projets verts du secteur public sur trois ans. Ces engagements comprennent une facilité de rétrocession de prêts de 200 millions de dollars avec la TKSB pour soutenir l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci, un investissement de 40 millions de dollars en obligations durables dans le Türkiye Rönesans Project, ainsi qu’un prochain prêt de 100 millions de dollars pour la transition climatique avec VakıfBank, destiné en particulier aux PME.
  • La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a acheminé ses financements par l’intermédiaire de la Green Economy Financing Facility (GEFF), qui a déployé plus de 700 millions d’euros.
  • Un peu moins connus en dehors du monde de la finance verte, les Climate Investment Funds (CIF) ont soutenu un fonds d’un milliard de dollars destiné au développement de l’énergie verte en Turquie. Les CIF constituent le seul fonds climatique opérant exclusivement par l’intermédiaire de six banques multilatérales de développement, ses partenaires de mise en œuvre étant la BAsD, la BAD, la BERD, la BID, la SFI et la Banque mondiale[2]. L’offre porte sur des financements à long terme pour des projets à un stade très précoce, sa spécialité, dans des domaines d’intervention susceptibles de changer d’échelle. À ce jour, il a mobilisé plus de 10 milliards USD dans des pays à revenu faible et intermédiaire à travers le monde.

Finance environnementale privée

Les banques turques sont de plus en plus actives dans le financement de la transition carbone, sous l’effet d’incitations à la fois commerciales et réglementaires. Plusieurs banques, comme la TSKB, Vakıfbank, Turkish Economy Bank, Denizbank et İşbank, proposent des solutions de prêts verts, souvent à des conditions avantageuses pour les projets respectueux de l’environnement. L’International Financial Corporation a investi dans des émissions d’obligations vertes de QNB Türkiye, axées sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Le marché s’élargit pour inclure non seulement des obligations vertes consacrées à l’énergie et à l’efficacité, mais aussi des obligations bleues, QNB Türkiye ayant émis la première obligation bleue du pays en faveur de l’économie bleue durable.

À titre d’incitation supplémentaire, la Banking Regulation and Supervision Agency (BRSA) a mis en œuvre un plan d’action stratégique pour une banque durable (2021–2025) afin d’encourager les évaluations des risques environnementaux et d’améliorer le reporting en matière de durabilité. Ce plan a influé sur les pratiques de prêt des banques.

Réussites turques notables à ce jour

Parmi les faits marquants actuels :

  • L’Istanbul Resilience Project : en août 2025, la Banque mondiale a approuvé un prêt de 650 millions de dollars pour renforcer la capacité d’Istanbul à se préparer et à faire face aux catastrophes et aux risques climatiques. Cette ville de quelque 16 millions d’habitants est exposée à de violents séismes et doit gérer un littoral urbain extrêmement long de 630 km, si l’on inclut les districts les plus au nord, sur la mer Noire.
  • Modernisation du transport d’électricité : également en août 2025, la Banque mondiale a approuvé un ensemble de financements de plus de 745 millions de dollars pour aider la Turquie à moderniser son réseau de transport d’électricité. Cela permettra d’intégrer des capacités accrues d’énergie solaire et éolienne. La Türkiye, comme partout ailleurs, doit répondre à une demande d’électricité en forte croissance pour une population d’environ 86 millions d’habitants
  • Centrale solaire de Karapınar[3] : projet majeur d’énergie renouvelable, il s’agit de la plus grande centrale solaire de Türkiye et d’Europe, et de l’une des cinq plus grandes au monde. Elle a été financée par une enveloppe de 1,1 milliard de dollars. Elle fournit une électricité propre et fiable à Konya, une ville de 2 millions d’habitants.

Conclusion

L’équipe de direction de la World Alliance espère que ces réussites turques pourront susciter des idées et des collaborations au sein des écosystèmes financiers de chacun de ses membres et observateurs.

[1] https://tradingeconomics.com/turkey/exports-by-category

[2] https://www.cif.org/how-we-work

[3] https://kalyonholding.com/Energy/yeka-solar

Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.