Le fonctionnement de la finance verte dépend en partie, et partout, de la relation ancestrale des hommes à la terre.
Le paysage
L’Astana International Financial Center est situé dans les vastes steppes du Kazakhstan, pays enclavé au cœur de la masse continentale eurasienne. Le fonctionnement de la finance verte dépend en partie, et partout, de la relation ancestrale des hommes à la terre. Quelque 37 % de la population kazakhe est rurale ; et l’urbanisation étant encore relativement récente, il subsiste un fort lien culturel avec le passé nomade.
Les plateaux vallonnés et les plaines représentent la moitié du territoire, et les basses terres un autre tiers. Le reste est constitué de très hautes montagnes à l’est et au sud. Le Kazakhstan compte 20 millions d’habitants et l’une des densités de population les plus faibles au monde. Dans l’Antiquité, des peuples nomades iraniens dominaient le territoire ; des nomades turcs sont entrés dans la région à partir du VIe siècle. Au XIIIe siècle, la région a été soumise par l’Empire mongol de Gengis Khan. Deux siècles plus tard, le khanat kazakh dominait l’essentiel de l’actuel Kazakhstan, lequel a ensuite été progressivement absorbé par l’Empire russe, puis par l’Union soviétique.
Deux rappels écologiques
À l’ouest, dans les années 1960, le plus grand lac d’eau douce du monde par sa superficie était la mer Caspienne, et le quatrième la mer d’Aral. Si la baisse du niveau des eaux de ces deux mers a retenu l’attention, nous nous intéressons ici à la disparition progressive et quasi totale de la mer d’Aral en seulement cinq décennies.
Les écosystèmes de la mer d’Aral et des deltas fluviaux qui l’alimentent ont été presque entièrement détruits par une salinité nettement supérieure à celle de l’eau de mer. En se retirant, la mer a laissé d’immenses plaines recouvertes de sel et de produits chimiques toxiques issus d’essais d’armes, de projets industriels entraînant une contamination par les plastiques et les métaux lourds, ainsi que du ruissellement de pesticides et d’engrais. Les effets ne sont pas restés locaux : les vents dominants d’ouest en est ont dispersé poussières et particules fines jusqu’aux monts Tian Shan, à la frontière chinoise.
Dans le nord-est du Kazakhstan, l’Union soviétique a procédé à 456 essais nucléaires à Semipalatinsk de 1949 à 1989, soit un quart des essais nucléaires menés dans le monde. Le site d’essais de Semipalatinsk a vu l’explosion de la première bombe atomique soviétique et de la première bombe à hydrogène testée dans l’atmosphère. L’ampleur réelle de l’exposition aux radiations a été dissimulée pendant des années.
Le Kazakhstan a accédé à l’indépendance il y a 34 ans, et l’histoire qu’il a construite depuis lui appartient. Le pays a connu une profonde récession au milieu des années 1990, puis une reprise à la fin de la décennie avec une croissance du PIB atteignant 13,50 %. À partir de 1999 et pendant les 13 années suivantes, le taux de croissance a été en moyenne de près de 8 %, avant de ralentir à 5-6 % par an avec une économie plus mature. Le PIB nominal par habitant est estimé à plus de 14 000 dollars par an, et à un peu plus de 44 000 dollars par an en parité de pouvoir d’achat.
Panorama de la finance verte
Avec l’indépendance politique, plus de trois décennies de croissance économique, un monde en mutation et le réchauffement de l’atmosphère mondiale, ces deux immenses héritages écologiques rappellent la nécessité de prendre soin de l’environnement.
En 2024, le segment de la finance durable au Kazakhstan a atteint une valeur estimée à 277,8 milliards de tenges (environ 600 à 650 millions USD). Cette croissance a été portée par l’émission d’obligations et de prêts verts, avec d’importantes contributions d’organisations multilatérales comme l’Asian Development Bank et la European Bank for Reconstruction and Development. Le portefeuille de projets éoliens de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) au Kazakhstan complète les efforts du gouvernement pour accélérer la transition verte et atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Le gouvernement a mis en place des mesures pour encourager la poursuite de cette croissance, comme des bonifications de prêts et des garanties pour les obligations vertes émises par les petites et moyennes entreprises (PME).
Les instruments de finance verte comprennent les obligations sociales et durables, qui financent des projets liés aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, aux transports propres et à l’agriculture durable. Le Green Finance Center de l’Astana International Financial Centre (AIFC) est le pôle de promotion de ces instruments et de leurs émetteurs dans la région.[1]
Types de finance verte
Obligations vertes : les obligations vertes sont un outil de base. Elles peuvent être émises par des institutions financières internationales, des institutions financières soutenues par l’État et des entreprises privées. L’AIFC propose des services d’examen externe afin de vérifier que ces obligations sont conformes aux normes nationales et internationales définissant ce qui est « vert ». Le produit de ces émissions est affecté à des projets éligibles tels que définis dans la taxonomie nationale. Parmi les principaux émetteurs figurent la Development Bank of Kazakhstan, le Damu Entrepreneurship Development Fund et des institutions financières privées comme Halyk Bank. Ces obligations sont réglementées plus strictement que les obligations classiques afin de garantir qu’elles servent des objectifs de développement à long terme des collectivités.
Prêts verts : ils sont accordés par des banques et des fonds de développement pour financer des projets verts, en particulier ceux des petites et moyennes entreprises (PME) et des particuliers. La BERD soutient les prêts verts par l’intermédiaire de son Green Economy Financing Facility (GEFF).
Projets financés par la finance verte [2]
La taxonomie nationale kazakhe des projets verts oriente le marché. Les projets éligibles à la finance verte comprennent :
- Les énergies renouvelables, comme les centrales éoliennes et solaires.
- L’amélioration de l’efficacité énergétique des installations industrielles et les bâtiments verts.
- Les transports et infrastructures propres.
- L’utilisation durable de l’eau, la gestion des déchets et la lutte contre la pollution.
- L’agriculture, la gestion des terres et la sylviculture durables.
- Les projets d’infrastructures sociales, tels que les hôpitaux et les écoles.
Où en sont les questions « vertes » [3]
L’Asie centrale est en pleine transformation pour relever les défis urgents du changement climatique. Les gouvernements adoptent des pratiques durables afin d’améliorer la qualité de l’environnement, d’assurer la sécurité énergétique et d’opérer la transition vers des sources d’énergie renouvelables abordables. Ces investissements favorisent des bénéfices environnementaux et sociaux à long terme, contribuant non seulement à la croissance économique de la région, mais posant aussi les bases d’un bien-être social et économique durable. Le Kazakhstan, premier pays de la région à adopter des normes de finance verte, a enregistré à ce jour plus d’une vingtaine d’émissions dans le domaine de la finance durable.
Des défis subsistent. Des coûts d’émission plus élevés et des exigences complexes de certification et de reporting peuvent dissuader des émetteurs potentiels, en particulier les moins expérimentés ou les plus contraints financièrement. On constate également un manque d’indicateurs normalisés, notamment en matière de valorisation et de transparence sur l’utilisation du produit des obligations vertes, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’« écoblanchiment » – une pratique consistant à présenter de manière trompeuse les bénéfices environnementaux des projets. Cela nuit à la crédibilité de l’émetteur et, potentiellement, à celle du marché dans son ensemble. L’introduction par le Kazakhstan de sa taxonomie nationale contribue à résoudre ce problème. La finance verte est un domaine nouveau partout dans le monde, et tous les acteurs avancent encore à tâtons.
Peut-être l’ancienne culture nomade offrira-t-elle aux Kazakhs d’aujourd’hui une conscience accrue des changements écologiques qui touchent leurs paysages, et encouragera-t-elle ainsi les forces des services financiers à en prendre soin.
[1] https://gfc.aifc.kz/en
[2] https://qazaqgreen.com/en.
[3] https://astanatimes.com/2024/10/why-is-sustainable-finance-vital-for-central-asias-growth/
Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.