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15 juin 2025

Les enjeux de banque centrale pour la finance verte : focus sur la Corée du Sud

Le comité stratégique du conseil d’administration de la World Alliance a choisi d’approfondir deux sujets d’intérêt mondial commun : le financement de la transition verte et la manière dont l’intelligence artificielle continuera de transformer notre secteur.

La tribune de ce mois-ci inaugure ce qui sera, dans les mois à venir, un tour du monde destiné à approfondir le débat sur la finance verte d’une juridiction à l’autre, d’une période à l’autre. Ce tour des membres de la World Alliance se fera sans ordre particulier, en fonction uniquement des informations publiques disponibles.

Si les questions de finance verte présentent surtout des points communs dans les juridictions membres de la World Alliance, il est utile d’adopter une vision de terrain pour comprendre à quel point cette refonte des économies est réellement complexe en pratique. La diversité des sujets qui apparaissent sur les écrans radar de chacun souligne le nombre d’influences à prendre en compte pour avancer à un moment donné.

En avril dernier, une publication de la Bank of Korea a présenté six sujets d’actualité méritant l’attention du public, dans le pays et à l’étranger, ces derniers ayant une incidence sur le marché national :

  1. « La Corée du Sud doit intensifier ses efforts de transition. » Selon la banque centrale, la Corée du Sud doit réformer rapidement sa politique de finance verte si elle veut accélérer ses efforts de décarbonation. Une publication de la BoK a constaté que les efforts de réduction des émissions du pays progressent plus lentement que ceux d’autres pays développés et que le niveau atteint est inférieur à la moyenne des pays du G7. Alors que d’autres pays développés abandonnent progressivement les pratiques à forte intensité carbone dans les entreprises et la vie publique, la Corée du Sud a encore un long chemin à parcourir. La BoK a recommandé aux institutions financières sud-coréennes d’étoffer leur offre d’outils de finance verte. Ce type d’incitation publique envoie des messages très forts aux institutions qu’elle supervise.
  2. L’ISSB examine des approches de reporting sur la biodiversité. L’International Sustainability Standards Board (ISSB) envisage d’intégrer à ses propres travaux certains des cadres de reporting que d’autres ont définis et adoptés en matière de biodiversité, d’écosystèmes et de services écosystémiques. Parmi les cadres examinés figurent la Task Force on Nature-related Financial Disclosures, la norme IFRS S1 et le Sustainability Accounting Standards Board. Ces initiatives présentent suffisamment de similitudes pour que l’ISSB puisse utilement s’en inspirer pour ses propres normes ; les équipes de recherche de l’ISSB ont également relevé des différences, certaines présentant une « plus grande spécificité », entre la documentation du Board et les normes de publication d’informations sur la biodiversité, les écosystèmes et les services écosystémiques. La prochaine étape pour l’ISSB consiste à évaluer plus avant ces différences.

Ce que la BoK soulignait dans cette publication, c’est la manière dont le public doit parvenir à définir ce qui doit être mesuré et, en fin de compte, comptabilisé par les entreprises et les gouvernements. À mesure que le changement climatique s’accélère et que les experts approfondissent leurs connaissances, les indicateurs de base de la finance verte évoluent eux aussi.

  1. Vote d’une alliance bancaire pour le climat sur l’abandon de l’engagement de 1,5 °C.[1] La Net Zero Banking Alliance[2] a demandé à ses membres de se prononcer sur l’abandon de l’engagement d’aligner leurs actifs sur l’objectif de l’Accord de Paris consistant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. L’idée est de préserver au moins une partie de l’orientation de ce qui constitue depuis plusieurs années un objectif volontaire pour le secteur bancaire, après le départ brutal des banques américaines en décembre.

À la place, la nouvelle proposition demanderait aux membres de s’engager à maintenir leurs activités alignées sur un objectif moins ambitieux, consistant à contenir le réchauffement en dessous de 2 °C. L’Alliance a été lancée par Mark Carney, alors envoyé spécial des Nations Unies et aujourd’hui nouveau Premier ministre du Canada ; elle a été créée pour stimuler la réduction des émissions de carbone au moyen d’incitations financières directes. Mais l’Alliance a subi des pressions de la part des républicains aux États-Unis. Pour ne pas se retrouver désavantagées sur le plan concurrentiel, les banques européennes ont elles aussi menacé de se retirer si les règles n’étaient pas assouplies, alors que des institutions financières du monde entier ont commencé à revenir sur leurs engagements de neutralité carbone.

  1. L’UNEP FI (United Nations Environment Program’s Finance Initiative) a publié un rapport sur les progrès de l’IA. Les technologies d’IA rendent les solutions fondées sur la nature plus accessibles, plus transparentes et plus faciles à déployer à grande échelle pour les entreprises et leurs financeurs, à condition que ceux-ci s’approprient ces outils. Des efforts sont déployés pour résoudre les problèmes de données liés à la diversité des méthodes de collecte, tandis que la technologie peut aider à gérer les risques liés à la nature. Les Nations Unies ont relevé que les services d’assurance sont eux aussi appelés à jouer un rôle croissant dans la transition carbone, en identifiant et en traitant les enjeux liés à la nature sous cet angle différent du couple risque/rendement. Le financement public de la réduction des risques de la finance verte continuera également de croître, selon l’UNEP FI, compte tenu de l’augmentation rapide des coûts liés tant au traitement qu’à l’absence de traitement des questions climatiques.
  2. La COP 30 devrait intégrer davantage les enjeux auxquels est confronté notre environnement naturel, plutôt que de se concentrer, comme par le passé, sur notre propre espèce, selon un rapport de Moody’s Ratings.[3] Les pays dont le territoire abrite la plus riche biodiversité devraient occuper le devant de la scène à Belém, au Brésil, plus tard cette année. Les arbitrages fonciers pourraient également devenir une question cruciale, de plus en plus aiguë à mesure que les usages liés à la sortie des énergies fossiles et à la préservation de la biodiversité entrent rapidement en jeu.
  3. La BoK a également relevé la multitude de licenciements au sein des agences scientifiques américaines, qui pourrait menacer des données climatiques essentielles utilisées par les assureurs pour gérer les risques et fixer les tarifs pour les consommateurs.[4] La Reinsurance Association of America fait pression pour préserver la collecte de données de la National Oceanic and Atmospheric Administration, qui prévoit de supprimer 1 000 postes. L’agence supervise le National Weather Service et surveille en temps réel les données sur les tempêtes, utilisées pour prévoir des tempêtes potentiellement mortelles. Les assureurs se sont également inquiétés des coupes dans d’autres agences fédérales américaines chargées de suivre les ouragans et les tempêtes de grêle, ainsi que de surveiller les conditions de sécheresse susceptibles de déclencher des alertes aux incendies de forêt. Si ces données ne sont pas préservées, les assureurs devront se procurer des données de modélisation auprès d’opérateurs privés de satellites, un coût qui serait probablement répercuté sur les consommateurs.

Ce que soulignent ces notes de la Bank of Korea, c’est à quel point ces questions sont, en définitive, interconnectées et multidimensionnelles.

[1] Ce demi-degré Celsius a son importance. Parmi les effets envisagés figurent des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses et un risque accru de sécheresse ; des précipitations et des inondations plus importantes ; la disparition attendue de deux fois plus d’espèces végétales et de vertébrés, et de trois fois plus d’espèces d’insectes ; le risque de blanchissement de la quasi-totalité des récifs coralliens du monde ; davantage d’étés arctiques sans glace ; une augmentation des maladies et des décès humains liés à la chaleur, et une modification des schémas de propagation des maladies ; une baisse des rendements agricoles entraînant une plus grande insécurité alimentaire ; une élévation du niveau de la mer, avec les dommages qui en découlent pour les infrastructures côtières ; et une forte augmentation des migrations humaines. Peut-être ces avertissements ne devraient-ils pas figurer simplement dans une note de bas de page.

[2] https://www.unepfi.org/net-zero-banking/ Cette Alliance est une association volontaire de banques placée sous l’égide des Nations Unies.

[3] https://www.environmental-finance.com/content/news/natures-integration-into-decarbonisation-plans-to-be-prominent-at-cop30-says-moodys.html. Le lien est indiqué ici, mais l’article est réservé aux abonnés.

[4] https://www.ft.com/content/33a4d1f6-848f-4b63-86c6-9330fe6f6d89. Ce lien vers le Financial Times peut également être réservé aux abonnés. L’article a été publié le 14 mars 2025.

Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.