Pour saluer la Semaine du climat des Nations Unies, qui s’est tenue à New York fin septembre, la newsletter de la World Alliance reprend son tour du monde des juridictions membres afin de mettre à l’honneur leur action en matière de finance durable.
La Région administrative spéciale de Hong Kong compte 7,5 millions d’habitants. Pendant les réunions des Nations Unies, Hong Kong a subi un super typhon particulièrement destructeur ; ces tempêtes récurrentes font que le gouvernement et les citoyens comprennent bien l’impératif de l’adaptation au changement climatique. Au fil des décennies, les autorités de la ville ont mené d’immenses projets de réaménagement du territoire et du port, et ont ainsi beaucoup appris sur les interactions entre la nature et l’activité humaine dans une zone urbaine dense. Au-delà de ces possibilités de progrès au niveau local, Hong Kong n’a cessé de resserrer ses liens avec la Chine continentale et son gisement d’investissements verts de plusieurs milliers de milliards de dollars. L’étude de cas de Hong Kong met en lumière les enseignements et les possibilités d’une action à la fois « locale » et « mondiale ».
Les premières parties de cette tribune présentent la manière dont les entreprises de Hong Kong se sont préparées aux enjeux ESG, à mesure que se constituaient les connaissances et l’expertise nécessaires, puis l’offre de services financiers.
Contexte
L’ESG n’est pas un sujet nouveau pour Hong Kong. Dès le début des années 2000, les fondamentaux de l’ESG ont commencé à être intégrés dans les règles de cotation de la Bourse de Hong Kong. Le gouvernement de Hong Kong a ensuite aligné ses objectifs politiques sur des initiatives mondiales telles que l’Accord de Paris en 2015.
En janvier 2017, le gouvernement de Hong Kong a dévoilé le « Climate Action Plan 2030+ », qui vise une réduction de 65 % à 70 % de l’intensité carbone d’ici 2030 par rapport à l’année de référence 2005.[1]
En novembre 2020, le chef de l’exécutif de la RAS a présenté la trajectoire permettant à Hong Kong d’atteindre la neutralité carbone avant 2050, la version anglaise prenant la forme d’un schéma d’une page résumant les étapes à franchir sur une période de 25 ans. Le gouvernement a réservé environ 240 milliards HK$ (31 milliards US$) à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci au cours des 15 à 20 prochaines années.[2]
Cet engagement public fort a positionné Hong Kong comme un acteur proactif dans le paysage mondial de l’ESG. Les produits financiers de l’État ont établi une référence publique en matière de prix et de risque de contrepartie pour explorer les très importantes opportunités commerciales qu’apporte le secteur privé.
Le cadre réglementaire ESG de Hong Kong
Le ton est donné par le cadre réglementaire en vigueur sur l’ensemble du marché hongkongais, qui met l’accent sur les sociétés cotées, les banques et les gestionnaires d’actifs. Les sociétés cotées à Hong Kong sont tenues de rendre compte des principaux aspects ESG, essentiellement selon le principe « se conformer ou s’expliquer ».
Les autorités de régulation de Hong Kong ont fait progresser le marché grâce à une communication proactive sur l’évolution de la réglementation ESG. En mai 2022, la Hong Kong Securities and Futures Commission a accueilli une conférence mondiale des Principles of Responsible Investment, et le discours de sa présidente a présenté ce que la SFC et l’OICV entendaient faire.[3] De même, la newsletter de la Bourse a formulé des recommandations détaillées à l’intention des sociétés cotées pour répondre aux futures exigences en matière de reporting ESG et, à l’instar de la SFC, elle a procédé par étapes, avec des consultations de marché et un long délai permettant aux acteurs de se mettre en conformité : l’ESG Reporting Code de 2023, issu de la consultation, est entré en vigueur début 2025.
Reporting ESG : principales exigences
Les informations d’entreprise à publier comprennent la description de l’approche de la direction en matière d’ESG, les progrès réalisés depuis la période de reporting précédente ou sur une période plus longue, les priorités d’investissement, la prise en compte des risques ESG évalués dans la stratégie, les mesures prises pour préserver la biodiversité et un inventaire des actions d’investissement durable.
Le cadre de reporting de Hong Kong confère une responsabilité importante aux membres du conseil d’administration en tant que dirigeants de leur entreprise. Les entreprises sont tenues d’anticiper les défis en matière de durabilité et d’élaborer de manière proactive des stratégies pour y répondre. De nombreuses parties prenantes participent à l’évaluation des risques.
Les autorités ont également prescrit une procédure à suivre pour garantir une publication d’informations correcte et comparable d’une entreprise à l’autre. La procédure est lancée par le conseil d’administration. L’évaluation du reporting examine les processus de l’entreprise et comprend un filtre de matérialité permettant d’identifier les principaux thèmes à couvrir. Le groupe de travail élabore ensuite une stratégie globale pour répondre aux défis actuels et anticipés. Enfin, un rapport clair et complet est présenté aux parties prenantes.
Impact sur le reporting des entreprises
Parallèlement et de manière complémentaire, les exigences de conformité des entreprises ont été relevées en ce qui concerne la préparation de plans de travail et de formations adaptées pour les conseils d’administration et les salariés au titre de la norme climatique de l’International Sustainability Standards Board (ISSB). La norme de l’ISSB, réputée pour sa précision[4], exige des informations détaillées sur les émissions de scope 3, les plans de transition, l’utilisation de crédits carbone et leur incidence sur la situation financière et la performance. Les entreprises sont encouragées à veiller à ce que les dépenses d’investissement consacrées à la réduction des émissions et les achats de compensation carbone soient reflétés dans les états financiers. Les propositions de l’ISSB mettent l’accent sur les liens entre stratégies climatiques et performance financière.
La finance verte et durable à Hong Kong
L’accent mis sur le reporting des entreprises a généré une grande quantité d’« informations vertes » compréhensibles à l’échelle mondiale dans le monde des affaires. C’est sur ce socle d’informations d’entreprise que les produits financiers peuvent se développer.
L’offre du marché des capitaux de Hong Kong comprend des obligations vertes, des obligations durables, des obligations sociales et des obligations liées au développement durable. Le gouvernement a montré l’exemple et, ce faisant, a stimulé le marché : l’encours des Green Bonds du gouvernement de la RASHK s’élevait à environ 203,686 milliards HK$ (l’équivalent de 26,09 milliards USD) au 31 décembre 2024. Ce montant correspond aux obligations émises dans le cadre du Government Sustainable Bond Program, dont le produit est versé au Capital Works Reserve Fund.[5] Les émissions sont réparties entre USD, EUR, HKD et RMB. Les sommes ainsi levées et déployées font du secteur des services financiers de Hong Kong un leader régional.
Dans le sillage du gouvernement sur le marché obligataire, des entités du secteur privé, en particulier des entreprises au-delà de l’immobilier et des institutions financières, se sont manifestées et représentent la grande majorité des entreprises ayant fait appel au marché au cours de cette décennie.
Outre les obligations, l’activité sur le marché de la dette bancaire a également été soutenue. Le dynamisme du marché des prêts verts et durables renforce encore la position de Hong Kong en tant que pôle de financement soucieux de l’environnement. En 2024, le volume total des obligations vertes, sociales, durables et liées au développement durable (GSS+) arrangées à Hong Kong s’est élevé à 43,1 milliards de dollars. Hong Kong est le premier arrangeur d’obligations GSS+ internationales en Asie.
Hong Kong et au-delà : les opportunités ESG
Le système de classification verte de la Hong Kong Monetary Authority a été aligné sur les normes internationales, ce qui a réduit au minimum les risques d’écoblanchiment. Il a également permis aux investisseurs du monde entier d’évaluer les informations sur la base d’indicateurs familiers. Il convient de noter que l’attention portée à l’intégration de la résilience dans les investissements verts tient compte de la vulnérabilité de Hong Kong aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Sur le plan commercial, Hong Kong est depuis des années progressivement intégrée à la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao, avec les vastes opportunités qu’elle offre. La région partage le delta de la rivière des Perles et les mêmes risques météorologiques.
Forts de décennies d’expérience sur les questions ESG, les professionnels des services financiers de Hong Kong disposent de l’écosystème nécessaire pour faire progresser et déployer à grande échelle des produits de finance verte en constante évolution.
[1] https://www.hkgbc.org.hk/eng/engagement/file/ClimateActionPlanEng.pdf
[2] https://cnsd.gov.hk/wp-content/uploads/pdf/CAP2050_leaflet_en.pdf
[3] https://www.sfc.hk/-/media/files/ER/PDF/Speeches/Speech-27-May-2022.pdf
[4] Il a fallu des décennies pour constituer un ensemble solide de données permettant de fournir des indicateurs aux entreprises.
[5] https://www.budget.gov.hk/2024/eng/pdf/cwrf-mem.pdf
Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.