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28 septembre 2022

Risques et financements : défi de société et responsabilité des intermédiaires financiers

Notre culture du court terme nous fait appréhender les événements dans leur immédiateté, en oubliant le passé et en négligeant l'avenir.

Notre époque est marquée par des événements et des défis d'une brutalité inédite, susceptibles de provoquer des chocs existentiels. Trois crises actuelles mettent en jeu l'avenir de la planète : la pandémie, presque oubliée, la guerre russo-ukrainienne, qui après une phase de sidération rejoint la normalité des crises, et enfin la sortie des taux d'intérêt négatifs par l'inflation, attendue mais dont l'ampleur surprend. Trois crises dans un contexte structurel de double révolution, environnementale et numérique, qui aura un impact sans précédent sur nos modes de vie, la valeur des biens et la structure des investissements. Les risques à venir sont incommensurables et de nombreux experts ne savent quelles solutions préconiser. La théorie fait défaut. Les outils s'adaptent par tâtonnements. Au-delà des stratégies politiques, l'issue favorable de ces crises est entre les mains des intermédiaires financiers (assureurs, banques, sociétés de gestion). En effet, leur mission essentielle consiste à structurer les financements pour réduire les niveaux de risque qu'ils présentent pour les investisseurs finaux, en particulier les ménages, et à optimiser la durée et l'orientation de l'épargne vers les investissements nécessaires pour relever ces défis.

Dans ce contexte, la société civile et les entrepreneurs doivent, plus que jamais, agir avec discernement et courage pour éviter toute erreur d'orientation. Mais cela ne suffira pas. Une stratégie collective de gestion des risques est nécessaire. Qui dit risque dit : qui, in fine, assumera les pertes ?

Trois réponses possibles :

  • La prise de risque par l'État : le budget national assume le risque financier, ce qui implique une hausse des déficits publics, déjà élevés en France. Une telle option supposerait toutefois aussi une restructuration courageuse de ces déficits, en freinant drastiquement les dépenses de fonctionnement et en assurant une gestion stratégique et patrimoniale des dépenses d'investissement dans le cadre d'engagements pluriannuels, assortie de contrôles d'experts et de rapports au Parlement.
  • La prise de risque par les investisseurs et, in fine, par les citoyens (épargnants) : c'est le développement tant attendu du financement de l'économie par les marchés et le projet européen d'Union des marchés de capitaux (UMC). Il est clair que la nature des financements nécessaires et leur profil de risque impliquent une diversification des sources de financement. Cela exigera la construction d'un écosystème complet, du court au long terme, de l'institutionnel à l'individuel, fondé sur l'articulation entre une stratégie d'épargne et d'investissement et un marché de capitaux substantiel, représentant environ 50 % des besoins de financement.
  • La prise de risque par les intermédiaires financiers : bien entendu, ces acteurs, dans leur fonction d'intermédiation entre court et long terme, entre dépôts et crédits, via les bilans des banques ou des investisseurs, via les bilans des assureurs, doivent prendre leurs responsabilités. Mais cela touche à la stratégie prudentielle de l'UE. Ainsi, il est clair pour la société que notre intérêt collectif est de minimiser les risques systémiques et donc les défaillances possibles de ces institutions, dont la taille est aussi un facteur de réussite et de compétitivité.

L'équation est complexe. Il s'agit de trouver le juste équilibre entre ces trois réponses en conjuguant une double stratégie d'investissement de long terme et de gestion des risques. L'investissement de long terme doit être ciblé grâce à la mesure des externalités, et les institutions publiques doivent prendre en charge les risques difficiles à quantifier dans les modèles financiers classiques. S'agissant des intermédiaires, les « coussins » de couverture des risques doivent être ajustés au mieux, en particulier les fonds propres prudentiels. La réglementation doit s'inscrire dans une véritable vision stratégique. Par exemple, dans le cas de l'assurance, Solvabilité 2 fixe des exigences de fonds propres autour de 250 % des risques. 160 % est considéré comme un minimum. L'écart est le sujet. Dans son analyse des modalités de révision de cette directive, la Commission semble prendre en compte cette dimension. C'est crucial et de bon augure. Il en va de même pour la transposition européenne de Bâle III/IV. L'UE est certes en retard, mais elle reste néanmoins en avance sur ses partenaires occidentaux… Montrons l'exemple !

Pour ce faire, il serait intéressant de s'inspirer des initiatives du Trésor américain en 2017 : mener une revue stratégique de notre système de réglementation financière sous le double angle du financement et du risque, tout en restant ambitieux dans chacun de ces domaines d'analyse : sortir des crises par le haut sans transiger sur le risque. Une Europe protectrice et responsable !

Avec l'aimable autorisation de l'auteur, Edouard-François de Lencquesaing, trésorier et conseiller financier de Confrontations Europe.

Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.