Gagner cette réputation n’est pas chose aisée. Cela exige un ensemble de qualités. Intégrité. Caractère. Confiance. Action. Crédibilité. Leadership. Empathie. Cohérence.
C’est bien sûr à dessein que le thème de notre London Private Wealth Conference, « La réputation comme stratégie », est tombé à point nommé (une fois de plus) cette année.
Dans un contexte de forte volatilité internationale et nationale – tensions accrues à Gaza, escalade de la guerre en Ukraine, recomposition des alliances économiques en Asie, fractures sociales aux États-Unis, impact des droits de douane sur le commerce mondial –, l’événement de cette année s’est penché sur la difficulté de bâtir et, surtout, de préserver une réputation positive.
Car sur le marché actuel, la réputation est une monnaie. Nos intervenants l’ont clairement démontré. Du point de vue d’une place financière internationale, c’est notre réputation qui nous permet d’apporter aux investisseurs, aux entreprises, aux familles et aux gouvernements la confiance dont ils ont besoin pour évoluer dans le paysage complexe décrit ci-dessus.
Gagner cette réputation n’est pas chose aisée. Cela exige un ensemble de qualités. Intégrité. Caractère. Confiance. Action. Crédibilité. Leadership. Empathie. Cohérence.
Et, comme cela a été souligné lors de notre conférence, une réputation peut être facilement entachée, avec des conséquences catastrophiques. Comme l’a dit un jour Benjamin Franklin : « Il faut de nombreuses bonnes actions pour bâtir une bonne réputation, mais une seule mauvaise pour la perdre. »
Les risques d’atteinte à la réputation sont bien réels. Nous vivons dans un monde de « permacrise ». Changements mondiaux. Incertitude géopolitique. Volatilité. Et surveillance accrue de l’opinion publique.
Confiance
Mais il y a de bonnes nouvelles. Selon l’Edelman Trust Barometer, souvent cité, la confiance dans les services financiers progresse à l’échelle mondiale. Le baromètre 2025 indique que la confiance institutionnelle stagne globalement dans le monde, mais que les entreprises de services financiers bénéficient d’une confiance élevée dans 17 des 28 pays étudiés, en hausse de deux points au niveau mondial en 2025, à 64 %.
Cela place le secteur en position de force pour contribuer à un changement positif.
Ce n’est évidemment pas une mince affaire. Le monde est confronté à un profond sentiment d’injustice, lié aux inégalités économiques, à la crainte de la désinformation, à la précarité de l’emploi et aux discriminations. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il est important de faire de la réputation une priorité stratégique – non seulement pour que les entreprises de services financiers et les places financières internationales comme Jersey puissent prospérer, mais aussi parce que ces places financières sont particulièrement bien placées pour orienter les capitaux et favoriser la collaboration afin de relever les défis sociétaux, de marché et de durabilité.
Si nous parvenons à gagner la confiance des clients, des investisseurs, des régulateurs, des marchés et des gouvernements, à leur donner confiance en nos capacités et à les convaincre de notre raison d’être, alors nous serons en bonne position pour soutenir leurs initiatives et jouer un rôle positif sur la scène internationale.
Tendances clés
Comment voyons-nous donc les choses évoluer dans les années à venir ? Du point de vue de Jersey, nous observons actuellement quatre tendances clés qui façonnent le paysage des places financières internationales.
Premièrement, la finance durable – qui consiste à contribuer à orienter les capitaux là où ils sont le plus nécessaires pour atteindre les objectifs de durabilité.
Deuxièmement, la transformation numérique et l’innovation. De l’IA à la tokenisation, la technologie redéfinit les attentes des clients et accélère le rythme de l’écosystème dans lequel nous évoluons.
Troisièmement, le développement du capital humain. Les compétences dont nous avons tous besoin pour accompagner les clients, garantir la probité et démontrer notre expertise évoluent rapidement. Fait intéressant, depuis 2018, les salariés des services financiers figurent parmi ceux qui accordent le plus leur confiance à leur employeur, tous secteurs confondus, selon Edelman – et ils sont aujourd’hui CEUX qui lui font le plus confiance. Préserver la confiance des salariés ambassadeurs est essentiel pour les entreprises en période d’incertitude.
Et quatrièmement, la collaboration et l’harmonisation réglementaires. La nécessité de relations positives et de coopération est devenue cruciale pour entretenir la confiance et favoriser le progrès.
Chacune de ces tendances renforce l’importance d’établir et de préserver une réputation solide et positive, fondée sur la confiance.
Un engagement de long terme
Pour Jersey, l’importance de la réputation n’est pas nouvelle ; elle constitue depuis des années un élément important de notre stratégie, et nous nous sommes efforcés de gagner cette réputation en faisant preuve d’une gouvernance et d’une expertise solides et en tenant notre promesse de certitude et de stabilité.
Elle est implicite dans notre mission : « permettre et promouvoir un secteur des services financiers et des services professionnels connexes résilient, pertinent et axé sur les relations ». Nous ne pouvons y parvenir qu’en gagnant la confiance et en préservant une réputation positive.
Mais les tendances évoquées ci-dessus font encore bouger les lignes, et nous devons continuer à investir dans notre futur avantage réputationnel.
C’est pourquoi, par exemple, nous avons fait évoluer et diversifié notre stratégie sur les marchés mondiaux, en nous développant davantage aux États-Unis pour accompagner à la fois les gestionnaires d’actifs et les familles, et en renforçant notre présence en Asie du Sud-Est.
C’est pourquoi nous avons intensifié notre soutien aux familles internationales, afin de répondre à leurs besoins de plus en plus complexes. La mobilité des patrimoines est un phénomène majeur – plus de 16 000 personnes fortunées devraient par exemple quitter le Royaume-Uni cette année (Henley Private Wealth Migration Report 2025). Les places financières internationales doivent trouver de nouveaux moyens d’accompagner les familles dans leurs besoins de diversification et de planification à long terme dans cet environnement incertain.
C’est pourquoi nous consacrons tant d’efforts à développer notre socle collectif de compétences et à constituer une main-d’œuvre experte et durable.
C’est pourquoi nous promouvons la collaboration entre places financières internationales, afin d’œuvrer ensemble à un changement positif collectif. Notre travail avec la World Alliance of IFCs et au sein de réseaux tels que Financial Centres for Sustainability des Nations Unies en sont de bons exemples.
Et c’est pourquoi nous continuons à faire preuve de leadership par l’innovation – en mettant en avant le potentiel de la tokenisation, en développant un écosystème pour les actifs virtuels, en accompagnant les entreprises dans leurs ambitions fintech et, récemment, en améliorant notre très prisé régime Jersey Private Fund afin de le rendre plus accessible, plus fluide et plus rapide à mettre sur le marché.
Les causes profondes de la méfiance qui règne aujourd’hui dans la société – inégalités économiques, crainte de la désinformation, précarité de l’emploi et discriminations – ne vont pas disparaître. L’immobilisme est néfaste et, en tant que place financière internationale, nous avons l’opportunité et la responsabilité d’être progressistes, d’agir de manière cohérente avec notre mission et de tenir nos promesses. Tout cela repose sur la confiance que nous savons gagner.
Comme l’a dit Franklin, la réputation se construit sur le long terme ; elle est la somme de bonnes actions. Il s’agit d’anticiper. Il s’agit d’avoir du courage. Il s’agit de cohérence. En le reconnaissant, nous pouvons non seulement prospérer en tant que place financière internationale, mais aussi offrir la plateforme stable et fiable dont on a tant besoin pour soutenir les flux de capitaux mondiaux et faire une différence positive.
Les articles publiés ici reflètent l'opinion de leurs auteurs respectifs et pas nécessairement celle de la World Alliance.